Qu’en est-il de ces drings drings qui résonnaient si souvent auparavant ? Où sont passés ces fameux coups de fil au bout desquels on restait pendu une bonne partie de notre journée ? Qu’est-ce qu’il en est de ce temps précieux que l’on passait collé au combiné ?
À une époque pas si lointaine, on s’appelait par téléphone. C’était notre seul et plus rapide moyen de communication. Le cellulaire n’existait pas (ou, du moins, son usage était restreint à une très faible minorité), mais on était tout de même en contact. Un contact vocal, un contact auditif, un contact humain. On prenait le temps de se donner des nouvelles de vive voix, de composer un numéro de téléphone pour parler avec quelqu’un. Et, en plus, on connaissait non seulement notre numéro de téléphone par cœur, mais également tous les numéros de téléphone des membres de notre famille, de nos amis les plus proches, de notre âme sœur. Disons que moi, je les sais encore par cœur, mais je constate que c’est de plus en plus rare. Certains ne connaissent même pas leur propre numéro…
Communiquer avec tous et avec personne
Suis-je de la vieille école ? Suis-je nostalgique ? Suis-je vieux jeu ? Peut-être bien. Et, si c’est le cas, je l’assume avec raison. Il est évident que je m’ennuie du vieil usage du téléphone, préférablement sans fil. Et, si je vous dis cela, quoique je dévoile mon âge, c’est parce que j’ai moi-même vécu à l’époque du téléphone filaire, celui avec le cordon en spirale, et avec lequel on parlait sur place, assis ou debout, selon l’endroit où le téléphone était placé.
Certes, la sonnerie du téléphone me manque carrément. Vous vous demandez sûrement pour quelle raison, alors que nous vivons submergés par les nouvelles technologies, que nous sommes facilement joignables par toutes sortes d’applications de communication, et visiblement accessibles par tous les réseaux sociaux. Tout le monde et n’importe qui peut aujourd’hui communiquer avec nous par toute sorte de moyens, que je ne nommerai pas ici, puisque vous les connaissez même mieux que moi. Bien que toute cette technologie nous rapproche de tout le monde peu importe où nous nous trouvons dans le monde, je me sens aujourd’hui accablée par un nombre interminable de textos, de messages banals, sans aucun intérêt, des messages de masse qui s’adressent à tout le monde et à personne à la fois; des messages qui se veulent communicatifs, mais qui, au bout du compte, ne sont que des messages muets.
Une technologie qui nous rapproche et qui nous éloigne à la fois
Est-ce bien cela la communication ? Où sont passés ces appels téléphoniques d’antan ? Où sont passés ces bons vieux coups de fil où l’on entendait la voix de quelqu’un de réel, et non celle qu’on se crée dans sa tête pour croire que l’on parle avec quelqu’un ?
À une époque où l’utilisation des cellulaires commençait à se répandre comme un raz-de-marée, on disait que le cellulaire serait la cause de l’isolement des gens, que le monde arrêterait de communiquer. Je dois vous avouer qu’au début, je trouvais que c’était justement le contraire qui arriverait, que cette nouvelle technologie nous permettrait de nous rapprocher, de mieux communiquer. En revanche, aujourd’hui, je suis convaincue que ces prédictions sont finalement devenues une réalité. Quand je vois des couples ou des amis attablés au restaurant, hypnotisés sur leur cellulaire, ensemble mais tout seuls à la fois, assis face à face, mais à des années-lumière l’un de l’autre, cela me crève le cœur. Pendant que je les observe, je me remémore ce vieux temps où on n’avait le choix que de se regarder dans les yeux et de trouver un sujet de conversation, alors que, de nos jours, on se regarde dans l’écran.
Évitons les malentendus
Récemment, deux personnes m’ont appelée et m’ont dit qu’elles préféraient m’appeler au lieu de me texter, parce que c’était plus facile de se comprendre de vive voix que d’avoir à tout expliquer par écrit. J’étais tellement heureuse de voir que je n’étais pas la seule à penser ainsi ! En fait, moi aussi je préfère appeler les gens, car je trouve que n’importe quoi se règle plus facilement et rapidement lorsqu’on se parle réellement que lorsqu’on s’échange une innombrable quantité de textos.
En plus, que dire des fâcheux malentendus qui peuvent se produire à notre insu… On a oublié une virgule, un point. On a mis un point d’exclamation de trop. On a coupé quelques mots pour faire plus vite mais, à notre plus grand regret, le sens a été altéré. On a eu l’intention de dire quelque chose, mais notre destinataire ne l’a pas compris de la même façon… Et n’en parlons pas des messages repris par le correcteur, ce déplaisant et détestable logiciel – du moins pour moi – qui ignore notre intention et qui reprend les messages à sa façon.
Parler et écouter l’autre
Écouter une voix, c’est entendre l’âme de notre interlocuteur; c’est l’écouter, sentir son ressenti. Si j’écris à une amie en lui demandant comment elle va et qu’elle me répond : « Génial ! », est-ce certain que tout va pour le mieux ? Pensez-vous qu’une personne qui ne va pas bien va vous raconter tous ses malheurs, toutes ses mésaventures par texto ? D’ailleurs, je ne le fais pas moi-même… Personnellement, lorsque je me sens mal, que quelque chose ne va pas, je préfère en parler à quelqu’un, même si c’est par téléphone. Entendre la voix d’une personne me rassure, me réconforte. En outre, juste le fait de me sentir écoutée, de savoir qu’il y a quelqu’un au bout du fil qui me tend l’oreille, me remonte le moral. En revanche, lire un texto, c’est plutôt froid et distant, malgré tous les « émojis » que l’on peut ajouter pour transmettre notre émotion. Entendez-vous le fou rire lorsque vous voyez ces pictogrammes : 🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣 ?
Bref, il est clair qu’il est impossible de freiner, voire ralentir, le progrès technologique du point de vue des communications. Et ce n’est pas non plus ce que je souhaite puisque la technologie est très utile à bien des égards. Toutefois, il serait important d’utiliser les technologies de la communication à bon escient, sans oublier qu’il est encore possible de parler et de communiquer avec notre voix et non seulement avec nos doigts.
Un cellulaire peut facilement remplacer un téléphone. Mais un message texte ne remplacera jamais l’âme incarnée dans la voix d’une personne. Un geste aussi simple qu’un appel téléphonique peut faire toute une différence dans la vie d’une personne.
Et vous, que choisissez-vous ? Que préférez-vous ? Vous êtes plus texto ou appel vocal ?