Obligés de faire une croix sur leur choix de carrière

Pourquoi les jeunes adultes sont-ils obligés de faire une croix sur leur choix de carrière à cause de tous les obstacles qui les empêchent même de pouvoir essayer ? Pourquoi autant de domaines d’études en manque flagrant de professionnels sont si inaccessibles ? Pourquoi autant d’étudiants doivent renoncer à leur passion, à leur premier choix de vie professionnelle avant même de commencer ?

Un problème plus qu’évident

Suis-je la seule à remarquer ce problème ? Suis-je la seule à ne pas comprendre comment le système fonctionne ? Je lis souvent des articles dans la presse qui traitent du problème majeur du manque de médecins, du manque de médecins vétérinaires, du manque de psychologues, des problèmes de santé mentale chez les jeunes de tout âge. Mais que fait-on pour remédier à cela ? Pourquoi personne ne s’engage à apporter, ou du moins à entamer, les changements nécessaires afin que le système fonctionne ? 

Je viens d’un pays où l’université publique et l’université privée coexistent. Les étudiants ont le choix. L’université publique jouit même, au niveau international, d’une meilleure réputation et reconnaissance que l’université privée. Certes, le système est loin d’être parfait (nulle part rien n’est parfait) mais, tout au moins, quiconque désirant étudier dans n’importe quel domaine peut y parvenir. Bien entendu, il y a un examen d’admission, ou bien un ou deux ans de préparation similaires aux deux ans de Cégep d’ici, quoique beaucoup moins intenses. Un élève du secondaire peut même faire cette année de mise à niveau durant sa dernière année du secondaire. Si l’élève réussit, il entre directement à l’université dans le programme d’études convoité, même en médecine. Il faut sans doute avoir de bonnes notes, mais ce qui compte est la moyenne, point final.

Cote R et test Casper

Au Québec, beaucoup d’étudiants peinent à atteindre la cote R (cote de rendement collégial) nécessaire pour réussir à étudier dans le domaine qu’ils souhaitent. Et que dire du test Casper qui les attend ! Un test de jugement situationnel dont les situations sont parfois des plus insolites et invraisemblables. Par exemple, quelqu’un peut m’expliquer à quoi peut servir d’essayer de calculer, dans quelques fractions de secondes, la quantité de barres de chocolat Mars qu’il faudrait aligner d’ici à la Lune ? En fait, ces étudiants ont beau avoir une cote R au-dessus de la moyenne, le test Casper a le pouvoir de les mener droit à l’échec. 

Un avenir compromis

Personnellement, je ne comprends pas pourquoi l’avenir professionnel d’une personne peut reposer seulement sur une note et le résultat d’un test fait à distance. Est-ce que ces deux éléments permettent de connaître la motivation de l’étudiant envers le domaine d’études dans lequel il veut s’épanouir pour le reste de sa vie ? Parce que je connais des étudiants qui ont la cote R nécessaire pour entrer, par exemple, en médecine — un programme d’études hautement contingenté —, qui réussissent en plus le test Casper, mais qui choisissent ce programme tout simplement pour gagner de l’argent. Voilà leur motivation ! Alors que je connais d’autres jeunes qui ont la cote R nécessaire, qui ont une passion indéniable pour un domaine en particulier, qui ont passé plus de deux fois ce fameux test Casper et qui, n’ayant pas été retenus, sont obligés de changer de cap contre leur gré. Pourtant, comme prof, je sais très bien qu’une note moyenne ou qu’un échec à un examen ne sont que des résultats relatifs, et que l’on ne peut pas les considérer comme des facteurs catégoriques pour démontrer leur véritable niveau de compétence ou leurs habiletés, encore moins la passion qui fera en sorte que cette personne rayonne en réalisant ce qui lui tient le plus à cœur. Un passionné dans son domaine ne travaillera pas que pour gagner de l’argent (et je mets l’accent sur le « que »), mais plutôt par dévouement pour sa profession. Voilà toute une différence de motivation !

La santé hypothéquée

Imaginez seulement ces jeunes qui ne réussissent pas à étudier dans le domaine qu’ils aiment ou dont ils ont rêvé toute leur vie. Ils sont donc obligés de choisir un autre programme, un deuxième choix, un troisième choix. Mais ces choix, sont-ils vraiment leurs choix ? Ne sont-ils pas des choix forcés afin de faire quelque chose en attendant parvenir à entrer dans le programme de leur véritable choix ? 

Il arrive que quelques-uns finissent par aimer ou trouver leur voie dans cet autre choix obligé. En revanche, il y en a aussi qui ne trouvent jamais leur voie, qui pérégrinent de programme en programme, qui abandonnent, qui éprouvent de l’angoisse, de la frustration, de la panique, voire de la dépression et même plus. Il en a aussi ceux qui décident de persévérer. Ils présentent leur demande d’admission dans les études de leur choix, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois. Entretemps, ils terminent un bac dans un autre domaine d’études, même dans un domaine complètement différent de celui de leur premier choix. Et cette minorité d’étudiants, qui ont finalement la chance d’être retenus, reprennent leurs études. Ils sont prêts à faire un deuxième bac, mais, cette fois-ci, dans leur choix de carrière. Un exploit digne d’admiration !

Alors, voici mon questionnement : Comment se fait-il que ces jeunes puissent réussir deux bacs d’affilée alors que, quatre ans plus tôt, ils n’avaient même pas les compétences nécessaires afin d’être admissibles au bac de leur choix ?

Languir de souffrance

Que puis-je vous dire de plus ? Comme maman, je l’ai vécu, je le vois et je suis profondément outrée par cette situation. Pourquoi faire vivre à ces jeunes adultes autant de pression comme s’ils n’en avaient pas déjà suffisamment avec le rythme effréné de leurs vies : études à distance, en présentiel, horaire de travail surchargé à cause du manque d’employés, vie familiale trépidante, première expérience de vie en appart en solitaire, en colocation, etc. ? Pourquoi leur faire vivre des crises de panique au point de devoir se rendre à l’hôpital ? Pourquoi leur faire vivre, année après année, des crises d’angoisse et d’anxiété dans la fâcheuse et interminable attente des résultats d’une demande d’admission tout à fait dépersonnalisée ? Pourquoi leur infliger autant de souffrance à un âge où ils commencent à peine à vivre leur vie d’adulte ? Pourquoi leur couper ainsi le bout des ailes alors qu’ils essaient de prendre de l’envol ?

Je suis consciente de ce que c’est que de devoir faire quelque chose qu’on n’aime pas faire. Imaginez alors ces jeunes obligés d’étudier au moins quatre ans dans un domaine qu’ils n’aiment pas. Réussir péniblement à terminer leurs études et devoir ensuite travailler, naturellement pour le reste de leur vie, dans un domaine qui ne les intéresse pas, qui ne les attire pas, qui ne les passionne en rien. Combien de temps vont-ils le tolérer ?

Régler le problème à la base

Bref, on parle de plus en plus de problèmes de santé mentale à tous les niveaux. Mais qui pense à la santé mentale de ces jeunes étudiants ? Que fait-on pour pallier ce problème ? Pourquoi personne ne s’adresse à ces jeunes afin de prendre le pouls de cette situation ? Pourquoi ne traite-t-on pas ce malheureux problème à la source ? Évidemment, cela voudrait dire d’ouvrir les programmes à plus de monde, de construire de nouvelles bâtisses ou de réaménager les vieilles pour faire plus de place à tous les étudiants désireux de s’investir à fond dans ce qu’ils aiment et où ils s’épanouiront professionnellement et personnellement. N’est-il pas mieux de régler le problème à la base avant qu’il ne devienne une pyramide inversée essayant de garder son équilibre pour ne pas tomber ? 

Je me demande aussi pourquoi a-t-on laissé de côté les entrevues dans le processus d’admission ? À mon avis, une entrevue en tête-à-tête avec un étudiant permettrait d’évaluer rapidement son degré d’intérêt pour les études convoitées. Sa façon de parler, son langage gestuel, sa motivation pour le domaine en question feront rapidement surface, ou non. Cette approche d’évaluation plus personnalisée auprès de la candidate ou du candidat serait, d’après mon point de vue, un facteur crucial avant de prendre la grande décision. 

Somme toute, si une personne est réellement intéressée pour quelque chose, elle se donnera certainement corps et âme pour réussir, elle essaiera de surmonter une à une les difficultés dans l’ultime but de faire de sa carrière professionnelle une réussite. Il faut toutefois lui donner l’opportunité d’essayer.

2 réflexions sur “Obligés de faire une croix sur leur choix de carrière

  1. Excellente réflexion, Karina! Malheureusement, le système éducationnel est en très mauvais état en général. On dirait que l’éducation, la santé, bref, le bienêtre des citoyennes et de citoyens sont en dernière place dans les priorités de « nos » gouvernements… Mes cordiales salutations.

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